Camille grave le marbre des cimetières

Graveur sur pierre, Camille Josset travaille ce jour-là au cimetière de Marly-le-Roi (7)

© Emilie Lay

Camille Josset exerce un métier d’art en voie de disparition. Il est graveur sur pierre dans les cimetières.

Un « tac tac tac » brise le silence du cimetière de Marly-le-Roi (Yvelines) ce matin-là. « On nous nomme les pics-verts dans le milieu funéraire », s’amuse Camille Josset. Le jeune homme est graveur sur pierre. C’est lui qui marque les stèles de l’identité des défunts. « Les gens viennent ici pour se recueillir, ils ont besoin d’un rapport visuel pour parler avec la personne qui est morte. C’est pour cela que la gravure est importante. »

Le croassement d’un corbeau traverse le cimetière. L’air se réchauffe fugacement lorsque Camille allume son chalumeau pour chasser l’humidité de la pierre tombale. A 25 ans, il semble chez lui dans cet univers. Pourtant, il y est venu totalement par hasard. Après un BTS de gestion, il devient agent immobilier. « Cela ne m’a pas plu du tout. J’avais une vision idyllique de la profession, faite de vrais rapports avec les personnes. Mon père connaissait un mec qui travaillait dans les pompes funèbres et qui lui a dit qu’on manquait de graveurs et qu’il était possible de bien gagner sa vie avec ce métier. Alors, je me suis dit : «Ok, on y va» », raconte-t-il avec nonchalance. Camille passe donc son CAP de gravure sur pierre, puis se met à son compte avec le statut d’auto-entrepreneur.

Depuis deux ans, il inscrit dans le marbre des noms, des dates, et parfois de véritables dessins pour « des enfants ou une personne passionnée par quelque chose de son vivant. J’ai même fait un Winnie l’Ourson », ajoute-t-il en montrant la photo sur son portable. 

Graveur sur pierre, Camille Josset travaille ce jour-là au cimetière de Marly-le-Roi (5)

© Emilie Lay

La gravure est un art, dont Camille est un des derniers représentants. « Le métier est en train de mourir », sous la concurrence des sableurs, travaillant de manière industrielle, et « des grandes sociétés qui cassent les prix. Même dans le secteur de la mort, cela marche comme ça », conclut-il avec dérision.

Camille refuse de collaborer avec « ces grosses boîtes », dont il dénonce les stratégies d’assujettissement : « elles commencent par te donner plein de boulot, jusqu’à ce que tu lâches tes autres clients. Puis, quand elles savent que ton chiffre d’affaire vient d’elles à 90%, elles t’imposent de baisser tes tarifs. Et là, tu es pris à la gorge. En plus, le service est mauvais. C’est de l’abattage. Je préfère travailler avec les vieilles entreprises de pompes funèbres. Elles s’intéressent aux personnes, il y a un vrai accompagnement », explique-t-il tranquillement entre deux bouffées de cigarette et un coup de massette – une espèce de marteau.

Graveur sur pierre, Camille Josset travaille ce jour-là au cimetière de Marly-le-Roi (4)

© Emilie Lay

Le jeune graveur aime prendre son temps. Et bavarder. Entre les sépultures règne en effet une vie inattendue. Des rapports humains riches et sans fard. « Les gens qui viennent ici sont dans la souffrance, ils n’ont rien à perdre. Ils sont dans un moment de confidence, un moment sincère. Ils se disent : «Si je parle à ce mec-là, il ne va pas me juger et je ne le reverrai jamais.» Il y en a qui pleurent, d’autres qui rient. Certains restent là toute la journée. On parle de tout, de politique, de choses de tous les jours, de la manière dont les gens ont vécu… » C’est de cette vie des autres que Camille se nourrit.

Emilie Lay

Article publié dans Toutes les Nouvelles, 30 octobre 2013

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