Dans l’intimité du parloir

Visiteuse de prison, Christine apporte le ''souffle de l'extérieur'' aux détenues de Versailles

© Emilie Lay

Elles sont là pour crime, vol, pour des « affaires pas nettes avec leurs enfants ». Elles, ce sont les détenues de la maison d’arrêt pour femmes de Versailles, où Christine Chenevez est visiteuse depuis quatre ans. Chaque semaine, elle franchit les dix portes qui mènent à l’intérieur de la détention : les visiteurs de prison rencontrent les détenus au même endroit que les avocats et les aumôniers.

Dans le secret du parloir, Christine rencontre « des femmes, simplement des femmes, mères, filles, épouses. » Elle ne les juge pas. « Est-ce parce que je me suis habituée ? » En réalité, dans ce face-à-face, seule compte la « rencontre en humanité. Parler en vérité avec des personnes tellement différentes de moi m’aide à accepter les autres. »

Il faut dire que Christine accompagne de longue date des publics difficiles. Autrefois visiteuse dans un centre de soins palliatifs, elle est aussi bénévole depuis vingt ans dans une association qui se consacre aux sans-abri. « Beaucoup de personnes de la rue font souvent des allers-retours en prison. » Que se passe-t-il au-delà de ces murs ? Le lieu l’intrigue.

« Un lieu fragile et terrible »

Alors elle s’adresse à l’administration pénitentiaire. Par mesure de sécurité, une enquête de police est menée à son sujet. Un an et demi plus tard, Christine obtient enfin l’autorisation d’entrer en prison. Elle pénètre d’abord dans ce couloir « comme on en voit dans les films ». Des filets sont tendus en surplomb pour éviter les suicides. « On prend conscience que c’est un lieu fragile. Chaque fois, je les regarde en me disant que c’est terrible. »

Christine adhère aussi à l’Association nationale des visiteurs de prison (ANVP). Le soutien est bienvenu. L’ANVP propose des groupes de parole animés par un psychologue. « Cela permet d’échanger sur nos difficultés. »

En outre, il lui semble important d’être entourée pour exercer une activité humanitaire à caractère social. « On a beau vouloir faire le bien, cela ne se fait pas n’importe comment. Nous avons aussi nos propres limites. Certaines choses nous renvoient à nous-mêmes et font mal. »

Un lien essentiel avec l’extérieur

La visiteuse ne reçoit que les détenues qui le choisissent. Certaines le demandent d’emblée, dans l’attente de recevoir leurs propres visites, car les démarches sont longues pour l’entourage. Et puis, il y a les autres. Celles qui ne voient personne, parfois parce qu’elles sont incarcérées loin de leur famille. « Elles sont toujours libres d’accepter ou pas de me voir quand la surveillante les appelle. C’est la seule chose qu’elles peuvent refuser en prison. »

Les détenues commencent par nier leur culpabilité, par affirmer que « c’est une erreur. » La parole se libère progressivement. Le secret « permet d’aller loin dans ce qu’elles ont à dire. » Il est des lieux comme cela qui engendrent des relations sincères. « Être là, à l’écoute et vivre l’instant présent. » Pendant dix minutes ou deux heures, elles racontent à Christine leur affaire, leurs blessures… « Elles parlent énormément de leur famille. Quand elles n’ont pas de nouvelles de leurs enfants, c’est vraiment dur. L’une m’a dit qu’elle avait pleuré toute la journée de la fête des mères. »

A ces personnes coupées de la société, les visiteurs apportent comme un parfum de liberté . Ils constituent un lien essentiel avec l’extérieur. Alors, au lendemain des élections européennes qui ont vu le FN l’emporter, en France, avec 25% des suffrages, Christine est assaillie de questions. « Ces femmes sont affolées par ce résultat. « Mais que va-t-il se passer maintenant ? », m’ont-elles demandé. Elles ne comprennent pas. Elles s’inquiètent de la société qu’elles retrouveront en sortant. »

Emilie Lay

Pour aller plus loin :

http://www.anvp.org/anvp

J’ai visité les visiteurs de prison

 

Article publié dans Toutes les Nouvelles (édition de Versailles), 11 juin 2014

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