Une vie à provoquer la rencontre

L'exposition Ville héro(t)ïque a clot la carrière de DO. En marge du vernissage, elle a reçu l'hommage de ses collègues et des élus

© Emilie Lay

L’heure de la retraite a sonné pour Dominique Ollendorff. Responsable d’une galerie d’art municipale, elle revient sur 45 ans de carrière au service des artistes et de sa ville.

Les artistes étaient venus en nombre. C’était en mai, pour le vernissage de « Ville héro(t)ïque » à la galerie municipale « A l’Ecu de France » de Viroflay, et surtout pour Dominique Ollendorff. Au terme de 45 ans de carrière, la commissaire d’exposition ne cache pas son émotion. Ce lieu, « c’est un peu mon bébé. »

Dominique – ou « Do » pour les intimes – a 19 ans quand elle s’installe, jeune mariée, dans cette petite ville des Yvelines. « A l’Ecu de France » est alors un bistrot avec un billard, où elle va parfois « boire un coup. Derrière, c’était la « cour des miracles ». Il y avait aussi une petite mémé qui vivait là avec ses trois fleurs », retrace-t-elle en sirotant un ti’punch, dont les effluves emplissent la pièce.

Lorsque la Ville acquiert l’endroit, Dominique est animatrice socio-culturelle pour la mairie. Elle propose de le transformer en galerie d’exposition. « Avant, il n’y avait pas d’espace culturel à Viroflay. Le maire m’a donné carte blanche. » C’était la fin des années 70, « l’Ecu de France était tout petit. » Puis sa surface est passée de 30 à 300 m². Sa fréquentation a augmenté de 300 à 2 000 visiteurs par exposition. « Et j’y ai invité près de 4 000 artistes. »

« Je voulais toucher le maximum d’enfants »

Pourtant, Dominique ne se destinait pas à un tel parcours. Cette fille de militaire au caractère bien trempé et au franc-parler « voulait être avocate, chirurgienne ou professeur de gymnastique. » A 16 ans, elle devient même championne de natation de Madagascar. Jusqu’à son mariage, elle réside principalement en Afrique. « J’ai toujours vécu en tant que minorité blanche. Et mes parents m’ont donné une éducation stricte mais avec une liberté totale d’aller vers l’inconnu. Ma mère travaillait même dans une léproserie. Cela m’a permis d’avoir un regard ouvert sur toutes les différences. »

Ses choix seront dès lors guidés par cet esprit de rencontre avec l’autre. En 1969, elle est embauchée comme animatrice des centres de loisirs de Viroflay. Elle grimpe les échelons jusqu’à la fonction de responsable de l’animation socio-culturelle. « Je voulais être au service de la Ville pour toucher le maximum d’enfants, privilégiés ou non. » Ceux-ci resteront le fil conducteur de son itinéraire. « Ils t’obligent à penser autrement et à te remettre en cause. Cela m’a poussé toute ma vie. »

« J’étais payée pour avoir des idées »

Dominique est aussi l’instigatrice, en 1979, de la fête de la ville telle qu’elle existe actuellement, tout le long de la grande avenue qui sépare la commune. « Les gens de la rive gauche ne communiquaient pas avec ceux de la rive droite. A l’époque, il y avait une ségrégation importante entre les quartiers. » Mais c’est du jamais vu de couper la circulation ainsi sur une grande artère, et la décision appartient au préfet. Il en faut plus pour arrêter Dominique. Armée des atouts de sa jeunesse, elle ira le convaincre.

« La première année, les Viroflaysiens avaient peur de traverser la route et d’investir la chaussée. Et maintenant, on ne peut plus supprimer cette fête ! J’avais aussi fabriqué avec des artistes du Cirque du Soleil un dragon de 50 mètres de long. Les collégiens devaient porter les baguettes qui l’articulaient. Jusqu’au denier moment, je ne savais pas s’ils viendraient. » En guise d’apothéose, elle brûle la créature sur l’échelle des pompiers. «Mais j’ai fait une bêtise», raconte-t-elle, contrite. En s’enflammant, les deux matériaux « ne font pas bon ménage. Les pompiers ont mis une semaine à nettoyer leur échelle ! » Depuis, chaque fête est consacrée à un thème inédit : « On me disait que j’étais payée pour avoir des idées », rit-elle.

« Le lien culturel est aussi un lien social »

Et de l’imagination, il lui en a fallu pour concevoir toutes ses expositions. A l’Ecu de France, elle présente «Chocolat show» en 2003. « Pendant un mois, nous avons eu les odeurs dans la réserve. Nous ne supportions plus le chocolat. » D’une collection de sacs plastiques culturels, elle fait une installation artistique. « C’était magnifique. Même des élèves d’écoles d’art sont venus. » Mais au début, « les gens se disaient : « Elle est folle. » » Et elle s’en amuse. « Dès que je démonte une exposition, ils viennent en se demandant ce qui va se passer cette fois. »

Dominique ne cesse d’étonner. De provoquer parfois. « Les artistes déjà reconnus ne m’intéressent pas. Ma politique a été de faire des choses originales, avec des artistes contemporains à découvrir, sans avoir peur de la critique. Et j’ai pris beaucoup de coups, de la part de gens vieux, jaloux… Mais j’ai toujours essayé de faire du tout public et de l’artistique pur, pour le visiteur qui ne supporte rien comme pour celui qui est exigeant. »

Pour elle, l’art se doit d’être populaire. « Le lien culturel est aussi un lien social. » Alors au fil du temps, « A l’Ecu de France » est redevenu malgré lui un lieu de convivialité « où les gens reviennent, parlent… »

A l’heure de baisser le rideau, Dominique a une pensée particulière pour ses collègues. « J’ai toujours recruté mes collaborateurs pour des compétences différentes de celles pour lesquelles on les avait embauchés. Je ne serais rien sans tous ceux qui ont accepté de marcher dans ma petite folie. Mon seul vœu est que la culture continue à vivre et à surprendre. »

Désormais, elle se consacrera à sa famille. Elle prévoit aussi de se remettre à la natation, de partager son temps entre les voyages et l’humanitaire, certainement auprès des enfants. « J’ai tenté d’être la plus libre possible dans ma vie, et j’espère que je remplirai ma retraite autant que mes années de travail. »

Emilie Lay  

Article publié dans Toutes les Nouvelles, 2 juillet 2014

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