Elles se battent pour sauver la maternologie

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© Emilie Lay

Juillet 2013 – Une association se bat contre le projet de restructuration de la maternologie de Saint-Cyr l’Ecole, craignant une possible fermeture du service. Lancée fin juin, une pétition de soutien a déjà recueilli plus de 800 signatures.

« Je suis entrée en guerre dans mon pays, et mon pays c’est la maternologie. » Nadège Beauvois, fondatrice de l’association « Maman blues » s’oppose au projet de restructuration de la maternologie du Centre hospitalier Jean-Martin Charcot situé à Saint-Cyr l’Ecole (Yvelines). Cette unité mère-bébé traite des femmes souffrant de dépression post-natale. Les pères sont aussi reçus en consultation.

« Nous demandons à la direction d’abandonner le projet. » Une pétition, lancée sur Internet le 26 juin 2013, a déjà recueilli 817 signatures. « Maman blues » a envoyé des courriers de protestation à la direction de l’hôpital et au ministère des affaires sociales et de la santé. « Nous invitons les gens à leur écrire aussi. Il faut prendre la parole au nom de celles qui ne peuvent pas se défendre. »

Tout commence en mai, quand l’unité de maternologie est rattachée à un pôle, dirigé par le docteur Taïeb Ferradji. Celui-ci est chargé par Jacques Bérard, directeur de l’hôpital, de « bâtir un projet médical pour la maternologie. »

« Maman blues » s’inquiète d’une possible fermeture du service. « Nous n’avons jamais voulu fermer l’unité, rétorque Jacques Bérard. Le docteur Ferradji va décliner des prises en charge différentes. » La direction souhaite aussi étendre la collaboration avec les obstétriciens, les pédiatres et les services de psychiatrie adulte. Tout devrait aboutir « début 2014. Nous aurons peut-être les grandes lignes vers la Toussaint. »

Ses détracteurs craignent une fermeture des huit lits d’hospitalisation à temps plein. « Ce serait de la non-assistance à personne en danger », s’alarme Nadège Beauvois, elle-même ancienne patiente du service. Car dans la souffrance maternelle, c’est surtout le soir que les mères flanchent.

Selon Jacques Bérard, les lits ne devraient pas être supprimés. Les postes seraient aussi conservés. Cependant, le docteur Ferradji « nous a dit qu’il souhaitait que le service passe en hospitalisation de jour », assure un ex-salarié. La direction n’a pas souhaité que le docteur Taïeb Ferradji réponde à nos questions.

« On ne lâchera rien, conclut Nadège Beauvois. La démarche maternologique doit survivre à une décision administrative. »

Témoignage : Elodie a vécu «une descente aux enfers»

Elodie, 33 ans, a été hospitalisée trois mois avec son bébé dans le service de maternologie du Centre hospitalier Jean-Martin Charcot. Après la naissance de sa petite Clémence, cette Maurepasienne a vécu « une descente aux enfers ».

Enceinte, elle est « sûre qu’elle ira super bien après la naissance. » Mais son accouchement est difficile. Clémence respire mal et séjourne brièvement en néonatologie. « Dès la naissance, le lien ne s’est pas fait. Je savais que j’avais une fille, mais je ne le ressentais pas. Comme si ce n’était pas ma fille. »

Au terme du congé paternité de son mari, la jeune mère, seule avec son bébé, angoisse. « J’étais démunie devant les pleurs de Clémence. J’avais tout le temps peur qu’elle se réveille. J’avais peur d’elle. On ne pouvait plus vivre ensemble. Il fallait qu’elle disparaisse ou que moi je disparaisse. » Son médecin l’adresse alors à la maternologie.

Elodie est prise en charge par l’équipe psychiatrique, dans un « milieu sécurisé. Il y avait un regard bienveillant. Ce n’était donc pas culpabilisant d’être là. L’hospitalisation permet d’être coupée des gens, avec qui on doit faire semblant d’aller bien. »

Aujourd’hui, Elodie va mieux. Elle a « retissé un lien solide avec sa fille » et a repris son travail de libraire. La jeune femme craint les changements à venir pour la maternologie. Cette dépression post natale « est déjà taboue. Cela m’a mise en colère de voir que l’un des rares lieux qui la prenne en charge soit remis en cause. »

Emilie Lay

Article publié dans Toutes les Nouvelles (édition de Versailles) – 10 juillet 2013

 

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