Mutilée par un accident, Morgane a réinventé sa vie

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© Emilie Lay

Morgane Bérat, 23 ans, est jardinière-paysagiste au Château de Versailles. En 2010, elle était victime d’un chauffard. Mutilée par cet accident, cette amoureuse de la nature s’est peu à peu reconstruite. Portée par un farouche désir de vivre.

Si Morgane était une plante, elle serait une vivace. Une voix grave légèrement voilée, la mâchoire volontaire, cette petite blonde au visage mobile aime la musique, le bon vin et Samuel, son compagnon depuis trois ans. « J’ai envie de vivre ! », c’est sa revendication.

Car cette vie, elle a failli la perdre. C’était le 15 septembre 2010. Morgane a alors 20 ans. Elle vient d’entrer en BTS aménagement de l’espace, option bureau d’études. Ce jour-là, elle va rejoindre sa mère à Versailles, pour acheter des fournitures scolaires. C’est une belle journée ensoleillée.

Alors qu’elle attend pour traverser l’avenue, une camionnette rouge approche. Trop vite. Et la percute violemment. La mâchoire éclatée, une jambe arrachée, le foie et la rate fracturés, elle est transportée à l’hôpital Beaujon de Clichy (Hauts-de-Seine). Maintenue trois semaines en coma artificiel, elle rêve. « Je ne savais pas si j’étais morte, je ne savais pas où j’étais, mais j’ai vu que j’avais une jambe en moins. J’ai entendu mes proches me lire mes bouquins préférés… » Morgane rêve, et lutte.

Se reconstruire, et vivre

Lors de son séjour en Réanimation, un ami lui offre un koala en peluche : « La psychologue me demandait de le serrer très fort dans mes bras et de pleurer. Mais j’avais davantage besoin de crier ! » Morgane verse des larmes de rage. Et refuse les antidépresseurs. Elle veut se confronter à son drame, éprouver la douleur. « Il me fallait la ressentir car je n’avais aucun souvenir de l’accident. » Tout ce qu’elle en sait, on le lui a raconté. Car la jeune femme a mené l’enquête. Une volonté de comprendre essentielle à sa reconstruction.

Dans le choc avec le bitume, presque toutes ses dents ont sauté. Morgane arrache les sondes qui la nourrissent. Elle est trop remuante. Et puis, une envie la tenaille : « Croquer dans un ananas et manger une tartiflette ! J’adore aussi fumer un bon cigare avec un verre de whisky. J’ai plein de vices », s’amuse-t-elle.

Pendant trois mois, elle vit au rythme des opérations. A ce jour, elle en aura subi vingt-cinq, pour reconstruire sa mâchoire, sauver son genou, etc. Amis, famille, professeurs, collègues, tous se relayent à son chevet. « Je me disais : «Il y a un monde dehors qui m’attend !» » Morgane ne rentrera chez elle qu’en mars 2011. Toute une existence suspendue pendant six mois.

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© Emilie Lay

Vivre avec un handicap

« Le retour à la vie normale a été… dur, lâche-t-elle en expirant profondément. En fauteuil roulant, il lui faudra presque deux ans avant de pouvoir porter une première prothèse. Ensuite, je me suis lancée des petits objectifs, comme aller chercher ma mère à son travail, en haut d’une côte. » Remarcher. Affronter la route. Apprendre à vivre avec un handicap. Autant de défis à relever. « Maintenant, mon corps, c’est ça. Il faut utiliser cette différence pour avancer. Lorsque les regards s’attardent sur son « bout de jambe », elle jette : « Vous voulez voir de plus près ? » « Je déteste la pitié !! Cela ne sert à rien ! Ce qu’il faut, ce sont des solutions ! », assène-t-elle en hochant la tête dans des mouvements qui ressemblent à des ruades.

Aujourd’hui, même si elle doit parfois s’aider d’une canne, Morgane marche fermement sur sa prothèse. Et rapidement ! Depuis août 2012, grâce à cette « deuxième jambe », et la reprise du travail en octobre, elle a totalement reconquis son autonomie.

 « Ses » plantes, ses rêves

Depuis l’automne, Morgane est jardinière-paysagiste au Château de Versailles. Son rôle : « Entretenir et embellir la partie champêtre du parc, le Hameau de la Reine. » Une activité qui la comble. « Odeurs, couleurs, touché, on retrouve tous les sens dans un jardin. Avec beaucoup de liberté. » Cette amoureuse de la nature et de la vie parle de « ses » plantes comme d’autres parleraient de leurs enfants. « J’aime les voir s’épanouir, prendre le temps d’apprendre à les connaître pour voir comment elles poussent. Cela me fascine de constater qu’il y a de la séduction et de la prédation dans le monde végétal. Les plantes vivent, respirent. Et bien qu’elles soient ancrées, elles peuvent voyager partout dans le monde grâce aux abeilles. J’aime mes plantes et n’ai besoin de rien d’autre, comme en amour. Mon métier, je n’en changerais pour rien au monde… sauf peut-être pour être astronaute, archéologue ou travailler dans une pouponnière.

– Une pouponnière…?

– Mais une pouponnière de singes ou d’éléphants ! »

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© Emilie Lay

A contrecœur, Morgane a finalement renoncé à son BTS, et à son projet de monter sa propre entreprise. Qu’à cela ne tienne. Des rêves, elle en a construits d’autres. Un jour, elle créera avec Samuel – qui est assistant social – un lieu de réinsertion et de réadaptation « en combinant [leurs] deux activités. Un endroit aménagé pour tous les handicaps. Je veux améliorer le confort des gens qui sont comme moi. Je veux faire ça pour eux. Mais, chut… Il ne faut pas trop en dire. C’est un rêve. »

Emilie Lay

Un article publié sur HistoiresOrdinaires.fr – juillet 2013

Lire aussi :

« Ce jour où Hervé, chirurgien de passage, a sauvé Morgane ». Et des nouvelles de Morgane un an après.

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