Des détenus solidaires

Restos du coeur

DR

« Il y a tellement de personnes sans ressources dehors… On ne peut pas les laisser tomber. Mais il n’y a pas de
ministre de la Solidarité ! » Partant de ce constat, Yves*, incarcéré à la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy, a décidé, avec des codétenus, de se lancer dans une action caritative. Le 27 novembre, ils ont donc offert aux Restos du coeur de la commune 700 articles alimentaires et d’hygiène. Soixante-huit d’entre eux ont participé. Il s’agit de la troisième
collecte de ce genre depuis deux ans. Des dons réalisés grâce à la “cantine”, système qui permet d’acheter des produits et d’améliorer le quotidien en prison. Contrairement aux dons financiers, « les produits de base ne peuvent pas être détournés », poursuit Yves*. « L’argent des détenus est mis sur un compte géré par l’administration pénitentiaire, explique Bruno, responsable de l’aumônerie catholique de la prison. Celle-ci en débite le montant des bons de cantine. »

La collecte a été orchestrée par les aumôneries catholique et musulmane, avec le soutien de l’administration pénitentiaire et de la mairie de Bois-d’Arcy. « Nous encourageons les opérations positives, note Chloé
Gardenal, directrice adjointe de la maison d’arrêt. La collecte devrait se pérenniser. » Elle ne s’étonne pas de cette
initiative des détenus. « Il y a régulièrement des opérations de solidarité dans les établissements pénitentiaires à l’occasion de catastrophes naturelles ou pour le Téléthon. »

« Ce signe d’humanité, dans un endroit où il y a beaucoup de détresse, a positivement surpris » Bruno, lorsqu’il a pris ses fonctions en septembre. Daniel*, emprisonné il y a trois mois, a été lui aussi « heureux de découvrir cela. C’est dur la prison ! Ce qui sauve, c’est de trouver de la solidarité avec certains détenus. On nous prive de liberté et nous râlons sur la “bouffe”, mais au moins, on a de quoi manger et dormir abrités. »

Leur choix s’est porté sur les Restos du coeur, pour le caractère non confessionnel de l’association. Et puis, un peu
aussi pour Coluche. « Beaucoup, ici, y ont eu recours à un moment de leur parcours », souligne Philippe*, un des initiateurs de la collecte.

De la simple brosse à dents à 18 centimes aux gâteaux de riz, « même un détenu qui n’a pratiquement rien peut faire un don », explique Bruno. Pour Philippe*, « pouvoir faire un geste pour les autres, même modeste, cela fait du bien». « Certains hésitaient tout de même à ne donner qu’un petit truc », admet Bruno.

Donner « est aussi une manière de montrer qu’on reste des citoyens, ajoute Charles*, qui prépare sa sortie. Donnez-nous notre chance ! Nous avons fait des “conneries”, mais nous restons des hommes : sensibles aux injustices, à la misère. »

Emilie Lay

Article publié dans Toutes les Nouvelles (édition de Versailles) – 4 décembre 2013

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