Santé des migrants : le délicat repérage des traumatismes psychiques

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© Emilie Lay

Le Comede (comité pour la santé des exilés) dispense des consultations infirmières et de médecine générale gratuites aux étrangers primo-arrivants. La plupart cumulent les précarités physiques, mentales et sociales. En 2013, près de 15 % des malades souffraient de psychotraumatismes.

Ici, une couverture recouvre la table d’examen, là, une petite lampe rouge trône au coin du bureau… Dans les salles de consultations infirmières, chacun y va de son accessoire pour adoucir l’ambiance.

Nous sommes au centre de santé du Comede, au Kremlin-Bicêtre (94). L’association avait été créée en 1979, par Amnesty international, la Cimade et le Groupe accueil solidarité, en vue de soigner les traumatismes de l’exil et de la torture. En 2013, 76 % des patients étaient demandeurs d’asile. Une population fragile donc, ne parlant souvent pas le français.

68 % victimes de violences

L’endroit est aujourd’hui bien connu des migrants. « Tous ont une demande globale de santé : ils nous sollicitent pour entrer dans le système de soins », indique Guy Delbecchi, cadre de santé au Comede.

 Leur parcours débute par la consultation infirmière d’accueil et d’orientation. Une opération de triage, qui se justifie par une capacité de prise en charge inférieure à la demande. Les moins fragiles étant accompagnés vers le système de santé classique.

« Nous essayons donc de comprendre si la personne a besoin d’être vue au Comede, en fonction de différents critères. » Ce sont l’isolement, l’absence de protection maladie et de domicile, l’existence d’une maladie chronique…

Et la présence d’un psychotraumatisme (ou syndrome de stress post traumatique) constitue un facteur majeur de vulnérabilité. 68 % des patients ont en effet été victimes de violences, voire de torture. Et depuis les attentats du 13 novembre à Paris, certains se sentent rattrapés par une situation qu’ils avaient fui : « Ils sont effondrés », se désole Guy Delbecchi.

« Être prudent et sensible »

 Les infirmiers se limitent strictement à déceler ces psychotraumatismes. Un exercice de funambule. « Nous sommes parfois le premier soignant rencontré depuis la violence subie. Il nous faut être prudent et sensible lors de l’interrogatoire », afin de leur épargner toute reviviscence. Les signes de souffrance affleurent par le biais « de questions banales – sur l’environnement social ou le vécu en France – ni intrusives, ni insistantes. »

Et les interprètes professionnels du Comede (en tamoul, russe, arabe, etc) apportent une aide précieuse. Issus de la communauté, « ils nous indiquent aussi ce qu’ils perçoivent des origines sociales du patient, de son parcours… »

La qualité de ce premier contact se révèle essentielle dans le processus de réparation de la souffrance. « Les patients veulent souvent nous montrer leurs cicatrices. Ils confondent les soignants « étatiques » de leur pays et les soignants indépendants ayant une déontologie. Et certains ont eu des expériences malheureuses dans les hôpitaux français. Nous leur rappelons que notre rôle est de les aider, sans qu’ils n’aient rien à prouver. »

Une psychothérapeute du Comede ou en ville entreprendra ensuite avec eux le long travail de guérison du psychotraumatisme.

Repères

  • 3 000 patients accueillis au centre de santé en 2013 ;
  • 98 % en hébergement précaire ou sans abri ;
  • 93 % en situation de séjour précaire ;
  • 42 % ne peuvent communiquer ni en français, ni en anglais.
  • Des patients originaires de 120 pays
  • 2 097 victimes de psychotraumatismes entre 2007 et 2013

Source : rapport annuel du Comede 2014

Emilie Lay

Article publié sur ActuSoins.fr – novembre 2015

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